In Retour à la musique, Juin 2006
Carnet de notes 1. Divers.

De la théâtralité en musique

Gould au sujet de Mozart (1) : il dénonce sa théâtralité et n’a pas tort, la rapprochant de l’hédonisme. Peu ont vu ce trait, pourtant significatif et qui sort Amadeus du classicisme, au contraire de Haydn. Bien des musiques sont malades de cette théâtralité, et la mienne n’y échappe pas, romantique souvent par son espèce de déchargement et sa catharsis.

Note. — La théâtralité n’est pas dans le thème, ni même le théâtre (un Stravinsky n’est jamais théâtral en ce sens). La théâtralité se tient davantage dans la féminité de l’art, quand le sentiment compose (2). D’ailleurs, si la partition classique gagne à renaître sous les doigts ou par le souffle d’un interprète du sentiment, la partition romantique demande une interprétation quasi mécanique, si elle veut la vie sauve. Tout meurt sous deux couches de pathos.

De la pulsation intérieure

Gould encore, sur Artur Schnabel et la question du tempo : « Je cherche une pulsation constante, alors que Schnabel défendait une pulsation qui était celle du paragraphe. Il laissait, mentionne Gould, se promener la pulsation intérieure dans le paragraphe (voir sa Sonate no 2 de Beethoven). « Flotter, voyager dans le paragraphe », au lieu de la découpure en tranches parfaites.

Gould encore, cette fois sur Busoni, ou plutôt de Jonathan Cott dans l’un de ses questions au pianiste canadien : sur la vraie nature de la musique que permettent les passages préparatoires ou transitoires (préludes et transitions), parce que libres des questions de proportion et de symétrie. « Latitudes de cet art total ».


(1) Toutes citations sur cette page : Glenn Gould, Entretiens avec Jonathan Cott, Trad. de l’anglais (États-Unis) par J. Drillon. Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées, 2012, 159 pages.

(2) J’utilise ici consciemment le rapport classique entre le féminin et le sentiment, qui n’est pas un rapport avec l’émotion ou l’émotivité, ces termes issus d’un psychologisme douteux et d’ailleurs assez moderne. Le rapport classique ne dit pas que la femme serait particulièrement sentimentale. Il voit la double composante humaine, présente dans la race (humaine) comme dans chaque individu (humain). Cette double composante ne participe pas d’une gémellité, mais d’une distinction.
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